«—Brute, stupide imbécile! criait-elle, vous vous êtes encore grisé sans doute! Ne connaissez-vous plus le chemin du palais? Allez-vous m'arrêter deux heures devant cette maison infecte et par un froid pareil. Vous mériteriez qu'on vous déchirât la peau!

«—Permettez, madame, dis-je en m'avançant vers elle et en lui offrant le bras, c'est moi qui ai dit à votre cocher de vous conduire au bureau de police. Nous aurions un petit renseignement à vous demander.

«Elle fut si étonnée et même, malgré son assurance de tout à l'heure, si effrayée que je pus l'entraîner sans peine jusqu'au cabinet de travail de Santousky. Un vagabond, la face ensanglantée, et deux rôdeuses de la dernière classe, arrêtés le soir même, considéraient avec étonnement cette femme couverte de diamants, enveloppée des plus magnifiques fourrures et dont le passage laissait dans l'escalier une odeur fine et enivrante.

«Je chuchotai quelques mots à l'oreille de Santousky qui, après un court salut, demanda vivement et d'un ton assez autoritaire à ma comtesse:

«—Vous connaissez des nihilistes?

«Elle répondit en balbutiant:

«—Mais non, monsieur, je vous assure.

«—Pourquoi donc, il n'y a qu'un instant, chez la princesse Youssoupoff, disiez-vous que vous étiez liée avec des révolutionnaires...

«—Et même que c'étaient de braves gens, ajoutai-je.

«Je la vis pâlir et trembler. Elle cherchait du regard une chaise pour s'y reposer, mais il n'y avait dans le cabinet de Santousky d'autre siège que le fauteuil où était assis le chef de police.