«Le chef de police enfin agita une sonnette et le supplice fut arrêté. La comtesse remonta avec sa jupe relevée et ses jupons en désordre, laissant voir sa peau sanglante sur laquelle Santousky ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil.

«Remarquant les souillures qui tachaient ses dessous, il la conduisit haletante, secouée de sanglots, jusqu'à son cabinet de toilette et lui apporta un verre de Xérès.

«—Que cette leçon vous profite, madame! lui dit-il.

«Tout en pleurant elle se lava et s'arrangea tant bien que mal. Je dus lui offrir mon bras pour la conduire jusqu'à sa voiture, et dans l'escalier elle eut à supporter les railleries ignobles des prostituées qui s'amusaient de ses yeux rouges, de ses joues luisantes de larmes, de ses jupons qui traînaient jusque sous ses souliers de satin mouchetés de sang. Santousky nous suivait à quelques pas.

«Lorsqu'elle fut dehors il parut qu'elle ne conservait plus de cette séance si pénible qu'un horrible désir de vengeance; elle reprit son attitude fière, et nous jeta, à Santousky et à moi, un de ces regards qui fixent les traits d'un visage dans la mémoire comme pour les graver. Elle nous en voulait certes! à tous deux, mais bah! il a bien fallu qu'elle nous oubliât. D'ailleurs Santousky est mort comme vous savez, et quelques jours après cette aventure...


—Voudriez-vous dire?... demanda Soubotcheff effrayé.

—Que la comtesse fut pour quelque chose dans cette fin? Non, répliqua le gouverneur en souriant. Il est presque prouvé que Santousky a été assassiné par les nihilistes. Je n'ai jamais eu à me plaindre de la comtesse, et j'ai été bien étonné aujourd'hui de rencontrer à Glinnoë ma touchante fouettée de Pétersbourg.

—Alors cette comtesse Pougatscheff serait...?

—La princesse Daschkoff. Elle a épousé le prince l'année dernière. J'étais alors malade, en congé à Menton. Je n'ai pas assisté à leur mariage. Je n'avais fait qu'entrevoir la princesse, si bien voilée et cachée dans son costume de voyage, qu'elle rendait méconnaissable cette beauté captivante dont j'avais pu découvrir au bureau de police, jusqu'aux charmes les plus secrets, jusqu'aux mystères les moins fastueux de son corps. Vous devez penser si je suis satisfait de cette rencontre, car une connaissance aussi intime n'est pas sans donner quelques droits à une possession complète et je compte bien en user!