—Allons, parlez donc, dites-moi les belles choses que son excellence le gouverneur vous a contées.
Il se décida enfin et s'arrêtant après chaque mot:
—Mais il m'a dit qu'après un bal... où vous aviez tenu des propos... imprudents... il vous avait conduite au bureau de police et que là...
—Achevez donc! en vérité vous êtes impatientant.
—Eh bien! il a prétendu qu'il vous avait vue fouetter.
La princesse devint pâle, mais elle ne voulut pas laisser voir son émotion, et avec une colère qui n'était nullement jouée mais qu'on pouvait attribuer aussi bien qu'au ressentiment d'une injure réelle, à l'indignation qu'inspire une calomnie:
—Vous êtes un sot, mon pauvre garçon, oui, un sot, pour croire, comme parole d'évangile, les propos stupides que vous tient le gouverneur. Ah! ce monsieur a beaucoup d'imagination; seulement il devrait s'en servir pour conter des histoires de fées aux petits enfants et non pour essayer de noircir ses contemporains. Ses inventions en vérité sont trop absurdes! Me voyez-vous fouettée, mon pauvre ami, et dans un bureau de police, moi, la princesse Daschkoff, qui suis à la tête de l'aristocratie russe! Moi qui ai du sang royal dans les veines! En vérité M. le gouverneur a des plaisanteries bien amusantes, mais tout de même un peu grosses.
Et comme Soubotcheff restait abasourdi.
—Habillez-vous vite, dit-elle, mon cher, mon mari va rentrer de la chasse et je ne voudrais pas qu'il vous rencontrât dans cette chambre. Ce serait là une mauvaise farce, presque aussi mauvaise que celles de M. le gouverneur.
Soubotcheff en partant voulut l'embrasser, mais elle ne lui laissa même pas baiser sa main.