—Il faudrait pour cela y arriver, mon cher, répartit la princesse.
Et elle le regarda s'éloigner sous les grands arbres. Déjà la nuit tombait et le chemin devenait obscur. Bientôt elle le perdit de vue. Elle resta à la fenêtre ne pouvant dominer son impatience fébrile, prêtant l'oreille au moindre bruit et tambourinant sur les vitres avec une sorte de rage. Soudain une détonation retentit au loin.
—Enfin! dit-elle.
Elle rentra dans son salon, alla s'étendre sur un canapé, les mains sur son cœur qui battait à coups précipités.
La nuit vint; un valet de chambre apporta des flambeaux allumés et donna l'électricité; le maître d'hôtel annonça le dîner; la princesse demeurait toujours dans la même position; seulement de temps à autre elle tournait la tête vers la porte du petit escalier et elle écoutait.
Un pas monta vivement; elle se leva, courut ouvrir: Mme Narischkin entra en toute hâte; ses cheveux en désordre, ses traits altérés, sa mise d'ordinaire si soignée et qui paraissait cette fois improvisée brusquement et comme à l'aventure la rendaient méconnaissable.
—C'est fait! dit-elle d'une voix assourdie.
La princesse lui saisit les mains avec effusion.
—Ah! Merci, merci! s'écria-t-elle. Et comment est-il mort, le misérable?
—Je l'ai atteint à la tête. Il a tourné sur lui-même et est tombé. Il a certainement été tué sur le coup.