—Vous avez été élevé à l'école de Buffon, mon cher docteur, dit alors l'abbé de la Pouyade. C'est un déiste, et comme tout déiste, un esprit rétrograde. Je suis heureux de voir que nos esprits les plus audacieux reconnaissent aujourd'hui la vérité du christianisme, de ce christianisme qui doit un jour reconstituer l'humanité. Buffon, lui, n'a pas compris le noir, il n'a pas vu quels grands principes politiques font la base de nos institutions. L'idée de l'égalité lui échappe. Il a surtout déshonoré son nom par le titre de comte et son extrême sensibilité pour les hommages des femmes. Il avait d'ailleurs cette aristocratie du talent, qui en est le poison...

—Mais il me semble, monsieur l'abbé, que vous aussi n'êtes pas insensible aux hommages des femmes, puisque vous venez chez Madame Dodue-Fleurie.

—C'est pour une œuvre de charité, mon cher docteur, et croyez-bien que, malgré que ce soit une excellente créature, cela me coûte beaucoup. La société est si mêlée ici! A part vous, moi, deux ou trois autres personnes...

—Vous êtes bien difficile, monsieur l'abbé.

—Je ne recule jamais devant le devoir, mais permettez à mon goût de se blesser...

—Que Monsieur votre goût se blesse, qu'il se blesse, je n'y vois pas d'inconvénient si cela vous amuse. Mais parlons sérieusement: avez-vous vendu vos hypothèques sur les nègres?

—Pas encore, et je venais justement ici avec l'espoir de trouver des acquéreurs.

—C'est là votre œuvre de charité!

—Certes, puisque je destine une partie de cet argent aux malheureux.

—Je plains vos malheureux, alors; car les hypothèques sur les nègres ne s'achètent plus!