—Eh bien! dis-je, inscrivez-moi parmi vos passagers. Je pars avec vous.

Et je payai le marinier qui m'avait conduite et qui retourna au port. Il eût fallu me jeter à la mer pour me faire quitter le Duquesne.

Dans la crainte de manquer leur arrivée, au lieu de me retirer dans ma cabine, je restais sur le pont, attendant toujours Dubousquens et Antoinette, en proie à une atroce inquiétude.

Comme les lumières du Cap s'éteignaient et que la ville semblait s'endormir, j'aperçus du côté des Ingas et au-dessus du faubourg des Milices une lueur vive grandir sur le ciel.

Des passagers, autour de moi, prétendaient qu'une révolte venait d'éclater au Cap.

—Bah! disait quelqu'un, les milices auront vite calmé les révoltés.

—Détrompez-vous, fit un autre, les milices sont avec les noirs.

—Ce sont les affranchis qui ont soulevé les esclaves pour faire peur aux blancs et leur arracher l'égalité des droits, mais il se pourrait que la révolte fût plus sérieuse qu'ils ne pensent et qu'elle tourne contre ses organisateurs.

—Ah! ah! s'écria une voix que je connaissais, décidément je n'étais pas mauvais prophète et je n'ai pas agi en niais en prenant mes précautions.

Je me retournai, et je reconnus le docteur Chiron; nous fûmes tous deux assez surpris de nous rencontrer; il me fit mille questions, selon son habitude, mais je lui répondais à peine, trop brisée d'angoisse et l'esprit trop occupé pour prendre garde à ses paroles. Je l'entendis seulement qui disait: