—Faites porter par des négresses la tête de Jacqueline dans sa case, lui ai-je répondu, on l'enterrera demain, et continuez le travail.

—C'est que l'un des conducteurs est son mari.

Berchoux, en effet, avait épousé Jacqueline l'année dernière, mais l'accident ne l'émouvait guère; toujours assis sur la volée qui termine le bras du moulin, le fouet à la main, prêt à activer ses chevaux, il conservait un visage impassible.

—Vous le ferez fouetter ce soir, m'écriai-je, indignée de cette indifférence; oui! vous le ferez bien fouetter, pour lui apprendre à arrêter son attelage quand on le lui commande. C'est son insouciance impardonnable qui est cause de cet accident.

L'abbé de La Pouyade me dit alors à mi-voix:

—Ce n'est pas un accident, mais un crime.

Et comme nous le considérions avec effroi:

—Vous vous rappelez que Berchoux s'était marié contre son gré, et par ordre de Mme Du Plantier, continua-t-il. Cette malheureuse Jacqueline se plaignait de l'abandon où la laissait son mari; or, voici ce que j'ai appris récemment. Berchoux et votre autre conducteur avaient les mœurs ordinaires des nègres musulmans; ils délaissaient les femmes pour un commerce infâme. Et comme Jacqueline menaçait de les dénoncer, ils ont aidé le moulin à l'écraser, quand ils pouvaient si aisément arrêter les chevaux, empêcher que les tambours ne vinssent presser tout le corps. Sans eux, Jacqueline aurait eu le bras coupé, mais on aurait pu lui sauver la vie.

—Les misérables! dis-je. Quand je pense que c'est Mme Du Plantier qui me les avait vendus et en me donnant les meilleurs renseignements! Fiez-vous donc à vos amies.

—Cette bonne Mme Du Plantier! reprit Mme de Létang avec un sifflement.