—Et quand viendras-tu me demander de l'argent?
Zinga lui jeta un coup d'œil féroce; je crus qu'elle allait se précipiter sur lui. Elle dénoua seulement l'extrémité de son mouchoir de soie, y prit des pièces d'or et les lança violemment contre la muraille; puis, comme écrasée par l'émotion, elle alla tomber sur un canapé en sanglotant. Dubousquens parut très embarrassé de ce chagrin. Il s'employa pourtant le mieux qu'il put à la consoler.
—Non, répétait-elle à toutes ses protestations, je n'ai pas besoin de tes belles paroles, ni de tes pièces d'or: tu m'as méprisée...
—Oh! grand Dieu! s'écriait Dubousquens.
—Si! tu as cru que j'étais une de ces putains que le premier venu peut avoir. Imbécile que tu es! Tu penses que c'est ton argent qui m'attire. Eh bien, veux-tu que je te le dise: il me brûle, ton argent, il me torture! Quand tu me le mets dans la main, j'ai mal là, tiens! Je m'imagine que plus tu me donnes, plus tu me mets au-dessous de toi... Ah! ton argent, c'est le paiement de ma liberté, de mon amour. Sans cet argent, je ne pourrais venir ici. C'est pour ça que je l'accepte. ...N'as-tu pas vu cette sale gueule de mulâtre qui m'épie, chaque fois que je sors de chez toi?... Il n'est pas là encore, mais il va venir tout à l'heure... C'est mon tourment, cette face-là. Si je ne lui rapportais rien, s'il pouvait penser que j'ai plaisir à te voir, que je viens pour toi...
—Oui, il me battrait à la mort!
—Et pourquoi ne le quittes-tu pas? Pourquoi ne viens-tu pas demeurer ici comme je te l'ai demandé?
—Oh! il est mon mari.
Dubousquens se mit à rire.