Il se retourna vers elle, étonné; il n'avait point prévu que ses paroles dédaigneuses provoqueraient chez une esclave une telle colère:

—A qui tu t'es donnée? s'écria-t-il; en vérité la demande est plaisante. A qui! mais une colonne de mon grand registre ne suffirait pas à inscrire le nom de tous tes amants.

Il n'achevait pas qu'une gifle, puis deux, puis trois éclataient sur sa face. Cette dispute, dont je ne voulais rien perdre, me fit abandonner toute prudence. Au risque d'être vue, et malgré les conseils du docteur, j'approchai un banc et montai dessus; de la sorte, le visage encadré de deux feuilles de raisinier, je pouvais découvrir tout ce qui se passait dans la chambre. Mais Dubousquens, vaincu avant de combattre, avait déjà fait sa soumission.

Il essayait d'enlacer Zinga qui détournait de lui le visage:

—Pardon, disait-il, je ne voulais pas t'offenser. Allons, Zinga, pardonne-moi!

—Jamais, répliqua-t-elle.

Elle parvint à desserrer les mains qui la tenaient et gagna la porte. Dubousquens courut après en criant:

—Où va-t-elle? Elle est folle, cette fille!

—Non, répondit Zinga, je ne suis pas folle. Je pars. Tu ne me verras plus.

Il eut un sourire railleur, plein de dédain: