TOUR À TOUR

Les yeux font un tour de table
en une seconde
pour mieux suivre
le sens de la lumière
sur la peau
des yeux insolents sur les plis d'une vieille peau
des yeux solaires autour du cou
ils rôdent autour de la nuit
leurs sourires perpétuels
dans l'indiscrétion des vêtements
au réveil
les yeux font un tour de taille
et puis s'en vont

ÉVASION

Pourquoi noyer nos blessures
au fond d'une baignoire
quand au dehors
il y a pire
le dégoût des fièvres
les plaintes de l'aube
sans parler du temps qu'il fait
à travers les muscles
et la pédale douce de nos réveils
dormons
dormons pendant qu'il est encore temps
car le vent se lève
du bout des lèvres
et nous devrons explorer des placards minuscules
qui sentent bon la terre
sans parler de nos frères
au prochain chapitre
le temps se perd
dans la luxure des cimetières

INSOLENCE

De malheureuses feuilles
tombent des nues
en vociférant des injures
à l'automne
le feu au coeur
les arbres demeurent
muets

INFORTUNE

En toute froidure
il est permis d'allumer des feux
pour faire fondre les mots
bus à même la tendresse
et les idées qu'on se fait
de l'empreinte du soleil
sur la séduction
comme un appui au printemps
en attendant
l'amour
essoufflé
essuie ses larmes
en secret

FAILLITE

L'hiver
de ses deux yeux de glace
nous observe
nous
empourprés de désirs gelés
sous un manteau de métal
nos traits dans les nuages
effrayés
par le fouet de nos vengeances
par le goût du vide sur la peau
s'éternise la vie
au pied du ciel
en faillite