SYNCHRONISME
Les nuits sont rouges
comme une masse de soleil fondu
paresseusement
le lit dévore les multiples visages
de satin rose
que le jour a saccagés
le flot des corps s'épuise
sur le sable fin
des nuits endormies
la lumière secoue ses ailes
et nous nous réveillons tous
en même temps
ROUGE MÉMOIRE
Les dieux ont enfilé leurs sous-vêtements de laine
pour se protéger de la raideur de nos corps
du givre de nos mémoires
et du pôle nord
à travers le cristal de nos épouvantes
ils ont rêvé d'un chaud duvet
plus doux que le coeur
plus moelleux qu'un ventre
plus délirant que le désir
d'être
dans le silence d'un baiser d'oiseau
une éternité d'hommes
marqués au fer rouge
IMMOBILITÉ
Un point minuscule s'estompe
entre les formes imprécises des gestes
la lune boit la nuit à plein verre
dehors il a encore neigé
comme au premier jour
et le ciel s'est moqué de nous
parce que nos mains se sont entendues avec le vent
pour distraire les oiseaux
jusqu'à l'égalité des pierres
le silence croise les mots
puis s'immobilise
DORMIR À PEINE
Quand l'innocence se fait jour
les fleurs poussent des cris de couleurs
il faut dormir sur la mousse
comme des psaumes
pour affronter les plus hauts feuillages
mirage bleu
sous un ciel trop vert
le monde est dépeuplé
sortir de sa vie
comme on sort de son lit
sans bavure
GRISAILLE
Gris et silencieux
le ciment luit
entre les voix imperceptibles des voisins
que le vent perpétue sur les toits
rite des douleurs
glorioles du jet-set
temples et rythmes dans l'ombre mortelle
de nos pas
le coeur ne répond plus