DERNIER DISCOURS

Lorsque les jours sont sur les nerfs
il y a toujours des glissements d'âme
sur le terrain
des désirs en série
devant le miroir des invalides
le front plus haut que la lune
et le vent embué par des armées de singes volants
au secours des races
une moitié de mère
soumise au discours
se rompt le coeur
une fois pour toutes
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Des plaintes bleues s'élèvent
le temps grésille
et on ose appeler cela du vertige

PRÉSENCE

Un enfant renverse sa douleur sur la table
dessine d'étranges présences
avant d'aller dormir
il visite la nuit comme un temple
dans l'antique chambre de ses rêves fascinés
sillonne les méandres de l'absurde
sans courir de risques
puisque la noirceur l'enlace
tendrement
sous le futon résigné
il ne veut plus se réveiller

OBSTINATION

Aux abords du temps
les regards se sont effondrés
puis les os se sont obstinés
à ne parler que de l'idée
qu'on se faisait du bonheur
un défi perdu dans l'ombre
une femme fixée au mur
un homme à genoux sur les coudes
le réveil d'un enfant trop lourd
un adolescent décroché du rêve
et ce point de mire
mort de sa belle mort
au bout de l'image
la terre est plate

FINALEMENT

La mer s'est noyée dans le port
sous l'écume
devant les oiseaux
et le vent démâtés
entachée d'enfants
elle dort
sur la feuille de l'oubli
sans histoire
au détour
le coeur
tout bonnement

ESCALADE

Une douleur à peine
lessive la mémoire du feu
ce piège à désirs
quand la main se fait poète
mortelle jusqu'à la moelle
à travers les barreaux du silence
ses phrases
tuées à bout portant
un cri en fusion
piétine la foule
passée par là
sans raison