PARTAGE

D'habitude
il faut creuser la peur
jusqu'au fond
pour faire jaillir les couleurs de la nuit
jusqu'au fond
pour reconnaître les images
du temps qu'il fait dehors
le temps partagé avec les autres
autour de soi
aux habitués de l'existence
formes incarnées dans la mouvance
réunies en secret
pour recevoir la visite du jour
rien que le jour en perspective
sans ombre entre vous
et moi

HASARD

Le ciel
chargé de blessures
a suivi la trace de nos silences
sans mesurer l'immensité de l'oeil
qui le regardait
sur le banc du quotidien
les dés jouent au hasard
et demain n'aura pas lieu

IDENTITÉ

Est-ce moi
devant ce soleil gris perle
ou le jour trop las
dans les eaux usées du poème?
est-ce bien moi
que les heures infusent
dans l'image détrempée du poème?
est-ce encore moi
ou l'image d'un poème enivré?

ESPOIRS DÉMODÉS

Déroulez le tapis vert quand j'espère
que vous serez au rendez-vous
des musiques
des prières
et de l'amour en masse
pour la nouvelle année qui s'achève
dans la désinvolture des guerres
des bric-à-brac
et des j'en-passe par-dessus la tête des voeux
présentés l'année dernière
lors d'un cocktail Molotov
et ses petits fours
crématoires
servis à l'ancienne
comme un malheur qui marche à pas feutrés
devant les gares de la pitié
et les files d'attente
les ruines se vengent

L'UNE ET L'AUTRE

Une politique
un désordre
des guerres affolées
des femmes qui fuient
devant l'éternité des pierres
elles gisent blanches
dans la fureur rouge de l'étreinte
dressées contre les fleurs
les salutations d'usage
le mensonge sous la jupe du silence
tombé malade
à cause de l'encens des chapelles ardentes
dentelles des miséricordes
le monde est délavé