«J'avais un bien vif désir de vous voir, reprit madame Regnaud; car mon mari m'a bien parlé de vous.» Je l'accablai de complimens, qui étaient tous sincères. Tout à coup nous entendîmes quelqu'un descendre: «Voilà Regnaud; ne dites pas que nous nous sommes vues, et quand vous viendrez, entrez chez moi par la petite porte sous le vestibule…»
À ces mots elle disparut, en posant son doigt sur sa jolie bouche.
Regnaud n'était pas seul. Il me demanda pardon, et surtout de ne pas m'en aller encore. Voilà des livres qui aideront votre aimable patience. Je vais me servir de votre voiture; puis s'approchant de l'appartement de sa femme, il entr'ouvrit la porte, et dit à haute voix: «Adieu, ma bonne amie, je vous laisse ici une dame qui me prête sa voiture.» En sortant, Regnaud me répéta qu'il passerait chez moi avant dîner. Il courut grand risque de ne m'y pas rencontrer, car sa femme et moi nous causâmes avec de si intimes détails, que la matinée s'écoula comme un songe.
«Que lui direz-vous de moi?» demanda madame Regnaud, d'un air gracieux, quand je me retirai.
«—Qu'il est mille fois trop heureux d'avoir une si charmante femme.—Eh bien! c'est ce que je lui dirai aussi à votre sujet, qu'il est mille fois trop heureux d'avoir une si charmante amie.»
Je rentrais au moment même où Regnaud vint chez moi, comme il me l'avait annoncé. «Que vous a dit ma femme?» fut son premier mot. «Ne vous a-t-elle pas, ajouta-t-il, paru persuadée, comme tout le monde, que je vous aime et que je suis aimé?
«—L'accueil que j'ai reçu me prouve le contraire. J'ose même croire qu'à cet égard elle s'en rapporte plus à moi qu'à vous.
«—Au fait, comment la trouvez-vous?
«—Mille fois mieux que son portrait.
«—Oui, elle est bien.