«Didon fit des sottises pour le pieux Énée. La plus grande fut de se tuer. Madame Cléopâtre se sauva par la piqûre d'un aspic de la blessure qu'elle craignait pour son orgueil.

«Moi, chétive citoyenne, qui ai voulu, sous le royal bandeau de la première, essayer le sceptre tragique, ne faites pas craindre les dédains de César pour la seconde à celle qui s'offre à vous dans l'attitude de la reine d'Égypte, et sous les traits de la bien détrônée.

«DIDON SAINT-ELME.»

Par malheur pour le billet, M. de Talleyrand tomba plus malade, et j'eus le regret de quitter Paris sans le voir. L'affaire qui précipita mon départ me donna encore la crainte de lui avoir peut-être déplu, et j'en maudis doublement la mémoire.

CHAPITRE LXVII.

Une conspiration.—Fouché, ministre de la police.

Dans le grand nombre de mes connaissances se trouvait un M. Vill… Il m'avait présenté un de ses amis, M. Hervas, riche banquier espagnol, homme fort distingué, qui avait bien, au premier abord, quelque apparence de morgue et de hauteur, mais qui gagnait singulièrement à être connu. M. Hervas se plaisait dans ma société, parce qu'il me trouvait instruite sans être pédante, assez au courant de la littérature espagnole, genre de séduction qui ne pouvait être commun à beaucoup de femmes. Jeune, doué de tous les dons extérieurs et de ceux de la fortune, sa générosité fit bientôt croire à une liaison plus intime. Cette présomption, qui n'était point fondée, car il n'y eut jamais entre nous ni la pensée, ni les droits de l'amour, m'exposa à toutes les jalousies d'une rivale.

Madame Arthur, femme assez jolie encore, quoique près de la maturité, venait quelquefois chez moi sous les auspices de Joufre, et comme elle avait de fort bonnes manières, elle était du nombre de ces personnes sur lesquelles il y a bien quelque chose à dire, mais qui, grâces à l'extérieur, ne déparent point un salon dans les grands jours. Comme cette simple connaissance n'avait jamais été jusqu'à l'intimité, je fus assez surprise de voir madame Arthur m'accabler de visites du matin assez ennuyeuses. Ses assiduités avaient un but. Elle y arriva. Elle avait connu Hervas, et elle me fit de sa vertu une description si pompeuse, que je pensai de suite qu'elle l'avait immolée, et de la magnificence du riche espagnol une peinture qui indiquait plus de regrets que de principes. Mais je faisais trop d'honneur à ladite dame en ne lui supposant que des remords de cupidité, elle avait aussi des projets de vengeance. Opulent et généreux, Hervas, malgré mes refus, me comblait journellement de ces riens brillans que le luxe invente et que la mode renouvelle. Madame Arthur était chez moi au moment même, où encore une fois le domestique d'Hervas apportait un nécessaire d'une richesse et d'un travail admirables. Elle ne put maîtriser son dépit. «Allez, madame, me dit-elle, on ne donne pas tant à la seule amitié.»

Blessée de l'impertinence, je répondis avec aigreur. «Tenez, reprit la vilaine femme, les cadeaux aplanissent bien toutes les routes. Si vous n'êtes pas la maîtresse d'Hervas, c'est qu'il a d'autres vues sur vous en vous prodiguant d'aussi fastueux présens. Si j'avais voulu, j'avais beau jeu avec lui, moi qui suis intime avec Rapp. Il ne s'agissait de rien moins que de 50,000 francs.

«—Et vous avez refusé, madame! Il vous demandait donc l'impossible?