«—Cher Ney, je vous écrirai, j'apprendrai vos victoires; je vous dirai par lettres mon amour… Nos destinées s'accompliront.

«—Où prenez-vous donc, étrange et divine femme, tout ce que vous exprimez si bien?

«—Dans mon cœur… et il ne trompe jamais.» Il y posa sa noble main; je la serrai avec force, et son regard me dit qu'il sentait tout ce que j'éprouvais.

Je vivais comme dans un nuage d'amour; chaque matin était un doux rêve, une attente mélancolique et tendre, que la visite du soir confirmait toujours. Les dernières entrevues me semblèrent pourtant empreintes de quelques plus sombres couleurs. Son air avait été triste et préoccupé. Il devait venir fort tard le lendemain. Je sortis dans la journée: en rentrant j'appris que Ney s'était présenté chez moi, qu'il avait fait mille questions avec tous les gestes de l'emportement et de l'humeur. Voici le billet que je trouvai sur ma toilette:

«La solitude commence à vous peser, à ce qu'il paraît… Mais je n'étais attendu que ce soir; je n'ai pas droit de me plaindre… Au reste, rassurez-vous sur votre réclusion; j'étais venu, pour vous en annoncer le terme. Dans dix jours vous serez plus libre que moi.»

À la lecture de ces lignes cruelles, comment rendre ce qui se passait en moi? ce fut presqu'une agonie jusqu'à l'arrivée de celui qui la causait. Dès que je l'entends, je me précipite vers la porte, je lui saisis la main avec violence, et la portant sur mon cœur: «Que vous a-t-il fait, m'écriai-je, pour le déchirer?» Hélas! la conviction fut prompte, car mon langage était déchirant; mais admirez cette énigme du cœur humain. Il avait accompagné ses premières questions sur ma sortie d'un certain emportement et d'une certaine rudesse. J'avais comme peur de sa terrible physionomie, et le retentissement de cette frayeur me semblait un plaisir.

Le ton devint plus timide et même plus gai. Je lui parlai de ma disgrâce dramatique, qui pourrait bien avoir quelque rechute. «Quoi! vous songeriez encore au théâtre? Dans vos projets vous compteriez celui-là? Ô mon amie! j'aimerais mieux vous voir cantinière qu'actrice.

«—Cantinière! pour cela j'y consentirais volontiers, car cela serait un moyen de vous voir.» Il partit d'un éclat de rire à cette plaisante déclaration.

«—Une pareille vie, Ida, n'est pas faite pour vous. Le nom seul vous l'indique assez.

«—Mais quel malheur au moins, que je ne puisse, à votre mariage, devenir garçon. Vous me feriez entrer au service; je vous servirais en qualité d'aide-de-camp.» Je continuai ainsi à débiter mille folies et à dissiper les nuages qui avaient obscurci son noble front.