«Avez-vous toujours des habits d'homme? ajouta-t-il.

«—Oui, garde-robe complète.

«—Je vous ai vue sous ce costume; vous aviez l'air d'un franc mauvais sujet.

«—Mais c'est bien mal de me le rappeler, vous qui ne me trouviez pas capable de la dignité de cantinière.

«—Mais savez-vous que nous avons des cantinières de fort bonne compagnie, de véritables femmes à sentimens, toutes fort laides à la vérité; mais à l'armée la laideur même n'est pas une garantie de la vertu.» Et là-dessus il me conta de fort drôles aventures qui, pour être répétées, auraient besoin de l'excuse de sa gaieté militaire.

Puis, en l'interrompant: «Vous verrai-je demain? le bientôt de votre billet m'en laisse-t-il l'espérance? Oui; mais après, mon amie, bonne et délicate amie, je vous écrirai.

«—J'entends… Mon ami, vous serez heureux, vous le méritez si bien! Mais, au comble de cette félicité, pensez, pensez quelquefois qu'Ida n'en aura plus d'autre que de se rappeler ce qu'elle goûte encore dans ce moment.

«—Vous m'écrirez aussi; je veux toujours savoir où vous serez, ce que vous ferez. Il faut mettre ordre à vos affaires. Voulez-vous que nous en causions en amis, en bons enfans?

«—Ô mon ami! de quoi voulez-vous me parler… d'intérêt? Vous voulez donc me désoler? Je n'ai besoin de rien, je ne veux rien, je n'attache de prix qu'aux souvenirs.» Pendant que je lui parlais, il détachait de son cou une montre et la chaîne qui la suspendait.

«—Vous l'avez portée, votre nom y est gravé; je l'accepte. Pourquoi faut-il que bientôt elle marque l'heure d'un éternel adieu!…»