L'appareil imposant de la maternité.

Sous la casquette et la blouse de l'ouvrier, la tournure et le maintien du mari révélaient le brave; sa taille était haute et fière, mais il était beaucoup plus âgé que sa femme, et me parut un de ces débris de nos plus glorieux triomphes.

«Mon brave, lui dis-je, sans le vouloir, je viens d'entendre votre conversation; je vous approuve de tenir au nom de Michel…» Il me regarda avec surprise: je l'attribuai au contraste de ma voix avec mes habits d'homme; puis ajouta, en me prenant la main sans façon: «Vous m'aiderez, Madame, à faire entendre à ma Louise qu'elle doit plus s'enorgueillir d'avoir Michel pour parrain, que son oncle, qui la dédaigne, elle, moi et son enfant.

«—Vous me connaissez! m'écriai-je.

«—Quoi! Madame, vous ne me remettez pas?

«—Non, mon brave; non, en vérité.

«—La faute en est à cet habit de pékin; mais j'espère bien demain, endosser celui sous lequel je vous ai menée voir, à Insbruck, les drapeaux du 76e.»

Alors je remis très bien le vieux sergent, et mon intérêt en augmenta. Il tenait à la main une pétition à l'Empereur pour redemander de l'activité de service. Sans le heurter trop, je lui donnai des idées plus pacifiques, ce qui charma la jeune mère; ce n'était pas faire grand tort à l'armée, quoiqu'un bon sous-officier soit toujours précieux; et l'idée de cette jeune femme laissée seule, prête à devenir mère, me parut l'excuse de mon infidélité à mes goûts; mais je ne réussis pas à faire partager mes observations raisonnables au brave Dalmont. Je lui demandai son adresse. Hélas! j'ai revu cette famille, et c'est dans son sein que j'ai trouvé les seuls véritables amis au jour de l'infortune. Dalmont me demanda si j'avais vu l'Empereur à Montmartre, et s'il devait passer de notre côté. Je répondis que je le croyais rentré au château. Alors Dalmont me pria de lire son placet. Je ne dirai pas qu'il était rédigé en style académique, mais l'ame n'y manquait pas, et en suppliant l'Empereur de lui permettre d'aider encore ses anciens camarades ou de mourir sous ces drapeaux

Poudreux et déchirés,
Mais déchirés par la Victoire.

Je quittai Dalmont et sa femme, leur promettant de les voir le lendemain. Le premier me dit tout bas: «Madame, vous aurez pitié de ma Louise, n'est-ce pas, au moment du départ? C'est sûr; il faut que je descende encore, avant de mourir, quelques uns de ces gredins de Prussiens ou de Russes.» Je ne m'obstinai pas, le voyant si résolu, et rentrai pour écrire aussitôt à Ney toute cette rencontre, qui avait encore été un hommage à son glorieux nom.