«Je renouvelle à V. Ex., etc.
«Le maréchal prince de la Moskowa,
«Signé NEY.»
Paris, le 26 juin 1815.
Tout ce qu'un cœur passionné peut inventer de consolations, je les mis en usage pour le calmer. Il ne redoutait rien pour lui, ni les autres généraux; mais il était hors de lui à l'idée que les alliés allaient peser sur la France et y dicter des lois. Je ne lui fis aucune question. J'écoutais avec avidité cette voix chérie. Je n'ai jamais compris la maxime de la Rochefoucault qui dit: «qu'il y a, dans les chagrins de nos meilleurs amis, toujours quelque chose qui flatte notre amour-propre;» mais je sentis que dans les peines d'un homme aimé il peut y avoir quelque chose qui flatte notre cœur. Je n'étais pas rassurée et confiante comme Ney; je prévoyais des persécutions, un exil, peut-être, et je me disais: Riche de sa seule gloire, n'emportant de trésors dans son exil que ses lauriers et le nom de cent combats soutenus pour sa patrie dans les rangs français, je pourrai le suivre, le servir, l'entourer de soins, et trouver dans le plus grand sacrifice le plus noble prix d'un amour si tendre. C'est dans cette entrevue, que nous ne prévîmes pas être presque la dernière, que nous eûmes un moment de pénible attendrissement. Je lui racontai en peu de mots ma rencontre avec Camilla. «La pauvre infortunée, elle a été en Espagne, me disait-il; que n'a-t-elle pas souffert pour suivre son amant! Foy la connaît, il a souvent engagé son amant à la renvoyer dans sa patrie jusqu'à la paix. Au premier mot elle menaçait de se brûler la cervelle à la tête du régiment.
«—Elle l'aurait fait! répondis-je; elle a tout quitté pour lui, n'a vécu que pour l'aimer, et il était libre.» Ney voulut me donner deux billets de banque, sous prétexte des besoins supposés de Camilla. Je refusai, me faisant, certes, bien plus riche que je ne l'étais; mais n'avais-je pas la terrible crainte que bientôt peut-être il ne lui resterait de fortune que son nom. Il me fit promettre de me calmer, d'attendre tranquillement les événemens.
«Et s'ils devenaient, funestes, me dit-il, je compte sur vos sermens, Ida. Vous êtes résolue, courageuse, et je sens qu'en recevoir une preuve dans un moment décisif me serait toujours une grande consolation.
«—Mon Dieu! lui répondis-je, auriez-vous quelque chose à craindre?
«—Comme les autres, ni plus ni moins. Si la politique demande des victimes, alors…
«—Mais pourquoi attendre la politique? partez.