«—Les honneurs de l'exil?
«—Impossible.
«—Très possible; et c'est malheureusement trop vrai.»
Nous nous assîmes. Après les premières questions, il m'apprit qu'au retour du pape à Rome, après la chute de l'Empereur, on avait violemment persécuté tout ce qui avait été du parti français, et lui-même, qui n'avait fait que les aimer, sans que cependant ses sentimens eussent eu aucune action directe. Mais les filets de la proscription sont immenses, et le bon Cettini y avait été enveloppé, peut-être pour faire nombre. Cettini avait réuni à la hâte tout ce qu'il avait pu ramasser de sa fortune, et se proposait de passer en Amérique. Nous étions au commencement du rêve brillant du Champ d'Asile.
«Je n'ai jamais eu les goûts belliqueux ni le tempérament conspirateur, me disait Cettini; mais je respecte la gloire et les braves; j'attraperai la gente persécutante. Je porterai à la colonie une pacotille des pacifiques ustensiles du ménage et les utiles instrumens aratoires.
«—Et vous avez tout abandonné! Quoi! mon pauvre et excellent ami, vous voilà, à plus que moitié de votre carrière, exilé, malheureux. Ah, mon Dieu!
«—Ne me plaignez pas, j'ai la vie sauve; laissez-moi tout le bonheur de vous avoir retrouvée.
«—Bon Cettini!»
Alors, un peu plus calme, il me donna des détails sur les tristes scènes qui s'étaient passées à Rome, que je ne répéterai pas, car les réactions politiques sont toujours si cruelles! mais je ne puis m'empêcher de citer une satire qui fut attachée à la statue de Morforio[12].
Papa-Santo in che abbiam peccato?
Voi l'avete unto e noi l'abbiam leccato[13].