«—Oui, reprit mon guide, l'hetman Platoff parut comme candidat devant nos illustres professeurs, et faisant céder les armes à la toge, il revêtit la robe doctorale sans se permettre de rire.
«—Oui, repris-je, mais les autres rirent pour lui..
«—Pas du tout, continua l'étudiant.» Ô Molière! pensai-je, quel pendant à ta scène de la réception d'un mamamouchi.
Je ne quittai pas Oxford sans me promener sous les arbres d'Élisabeth; c'est une allée superbe, qui date du règne de cette reine, grande protectrice des pédans. On dira peut-être que je mentionne ici un peu lestement une princesse qui mourut vierge, selon l'histoire: on avouera, au moins, que ce dernier titre ne saurait la relever aux yeux de la Contemporaine; mais je déteste dans Élisabeth le despote en jupon et la reine régicide: en voilà assez pour la brouiller à la fois avec les libéraux et les ultras..
Non loin de l'allée d'Élisabeth coule l'Isis, où les étudians font de joyeuses parties en bateau.
À huit milles d'Oxford est situé Woodstock: le roman auquel ce joli village donne son nom vient de lui procurer une illustration nouvelle, et je le cite d'autant plus volontiers qu'il me fournit l'occasion de placer ici comme souvenir le nom d'un ami dont j'aimerai toujours à parler, M. Alexandre Duval, qui, au moment où j'écris, compose une comédie en trois actes, intitulée aussi Woodstock.
À l'époque de mon voyage, Woodstock n'avait pour moi d'autre attrait que l'espoir d'y reconnaître les traces de la belle et malheureuse Rosemonde. Mais elles y sont toutes effacées; le labyrinthe d'amour est devenu l'emplacement de Blenheim, château donné jadis au grand Marlborough. Le mauvais goût de l'architecte Vanburgh est connu: ce château, qu'on voudrait comparer à Versailles, est un édifice sans grâce: mais, comme tout ce qui est vaste et riche, il a un caractère de grandeur. Le parc et les jardins sont magnifiques; les tableaux, les statues, l'ameublement des appartemens, annoncent un prince. Les Van Dycke, les Rubens, les Carlo Dolce, les Titiens, etc., etc., sont en grand nombre; mais ce n'est pas moi qui décrirai tous ces trophées d'une gloire étrangère.
J'interromps volontiers ce chapitre, et, disant adieu aux pompes de Blenheim, je me transporte avec mes lecteurs dans l'asile plus modeste de lady Caroline Lamb, où je passai huit des plus heureux jours de ma vie.
CHAPITRE CXC.
De l'égotisme.—Brocket-Hall.—Ugo Foscolo.—Lady Caroline Lamb.—Amours de Byron; ses aventures.