Il montrait le nouveau-né à la foule, et l'air retentissait d'acclamations enthousiastes.

Le lendemain, Mme de Maintenon écrivait à son amie Mme de Saint-Géran: «Le roi a fait un fort beau présent à Mme la Dauphine; il a eu dans ses bras un moment le petit prince. Il félicita Monseigneur comme un ami; il donna la première nouvelle à la reine; enfin, tout le monde dit qu'il est adorable. Mme de Montespan sèche de notre joie. Nous vivons avec toutes les apparences d'une sincère amitié. Les uns disent que je veux me mettre en place, et ne connaissent ni mon éloignement pour ces sortes de commerce, ni l'éloignement que je voudrais en inspirer au roi. Quelques-uns croient que je veux le ramener à Dieu. Il y a un coeur mieux fait sur lequel j'ai de plus grandes espérances[1].»

[Note 1: 7 août 1682.]

Ce coeur, celui de Louis XIV, se tournait en effet chaque jour davantage du côté de la religion. Le temps des scandales était passé. Tout nuage avait disparu du ciel conjugal de Louis XIV et de Marie-Thérèse. Les querelles de Mme de Montespan et de Mme de Maintenon étaient apaisées. Ces deux dames ne se voyaient plus l'une chez l'autre; mais partout où elles se rencontraient, elles se parlaient et avaient des conversations si vives et si cordiales en apparence, que qui les aurait vues sans être au fait des intrigues de la cour aurait cru qu'elles étaient les meilleures amies du monde[1]. La reine disait avec reconnaissance, en parlant de Mme de Maintenon: «Le roi ne m'a jamais traitée avec autant de tendresse que depuis qu'il l'écoute.»

[Note 1: Souvenirs de Mme de Caylus.]

L'année 1683 s'annonçait donc comme devant être heureuse pour la compagne de Louis XIV. Mais la mort s'avançait à grands pas. Une maladie foudroyante allait enlever la reine, âgée seulement de quarante-cinq ans.

Cette princesse si bonne, si vertueuse, dont Bossuet a dit: «Elle marche avec l'Agneau, car elle en est digne», cette reine, qui portait le manteau fleurdelisé comme un cilice, cette pieuse Marie-Thérèse mourut comme elle avait vécu, avec une douceur angélique. Louis XIV, qui lui avait donné tant de soucis, la pleura sinçèrement: «Eh quoi! s'écriait-il, il n'y a plus de reine en France. Quoi! je suis veuf! je ne saurais le croire, et cependant il est vrai que je le suis, et de la princesse du plus grand mérite.... Voilà le premier chagrin qu'elle m'ait donné.»

Louis XIV, si souvent et si justement accusé d'égoïsme, s'était cependant déjà montré capable d'affection et de regrets lorsqu'il avait perdu sa mère. Il écrivit dans les Mémoires destinés au dauphin:

«Quelque grandeur de courage dont j'eusse voulu me piquer, il n'était pas possible qu'un fils attaché par les liens de la nature pût voir mourir sa mère sans un excès de douleur, puisque ceux-là mêmes contre lesquels elle avait agi comme ennemie ne pouvaient s'empêcher de la regretter et d'avouer qu'il n'avait jamais été une piété plus sincère, une fermeté plus intrépide, une bonté plus généreuse. La vigueur avec laquelle cette princesse avait soutenu ma dignité, quand je ne pouvais pas la défendre moi-même, était le plus important et le plus utile service qui me pût être jamais rendu... Mes respects pour elle n'étaient point de ces devoirs contraints que l'on donne seulement à la bienséance.

«Cette habitude que j'avais formée de n'avoir ordinairement qu'un même logis et qu'une même table avec elle, cette assiduité avec laquelle on me voyait la visiter plusieurs fois chaque jour, malgré l'empressement de mes plus importantes affaires, n'était point une loi que je me fusse imposée par raison d'État, mais une marque du plaisir que je prenais en sa compagnie.»