[Note 3: Introduction aux Curiosités historiques sur Louis XIII, Louis XIV et Louis XV, par M. Le Roi.]
Au reste, les princesses, les princes, le roi lui-même, n'étaient pas plus commodément logés. Tout avait été sacrifié au faste, à l'éclat, à la représentation dans ce magnifique château. Louis XIV était perpétuellement en scène et y tenait sans interruption son rôle de roi; mais au milieu de toutes ces peintures, ces dorures, ces marbres, ces splendeurs, on n'avait pas une seule des aisances de nos jours; on gelait dans ces immenses pièces, dans ces grandes galeries, dans ces chambres ouvertes de toutes parts.»
Maintenant que nous connaissons l'appartement de la compagne de Louis XIV, jetons un coup d'oeil sur l'existence qu'elle y menait. Elle se levait ordinairement entre 6 et 7 heures, et allait aussitôt à la messe, où elle communiait trois ou quatre fois par semaine. La journée se passait en bonnes oeuvres, en écritures, en visites à Saint-Cyr. Le roi venait régulièrement chez elle tous les soirs, vers 5 ou 6 heures, et y restait jusqu'à 10, heure où il allait souper.
Le train de maison de Mme de Maintenon était modeste. Le roi lui donnait quarante-huit mille livres par an, plus douze mille livres pour ses étrennes, et cette somme passait presque tout entière en aumônes. Auprès d'elle étaient sa vieille servante Manon, l'ancienne compagne des jours d'adversité, et un petit nombre de domestiques respectueux et silencieux. Son rang, qui la plaçait entre les simples particuliers et les reines, n'étant pas bien déterminé, il eût été difficile qu'elle vécût habituellement au milieu de l'étiquette de la cour. Aussi ne sortait-elle guère de son appartement. «Son élévation, dit Voltaire, ne fut pour elle qu'une retraite.»
Pendant que Mme de Maintenon se recueille ainsi, tout près d'elle la cour s'agite. L'escalier de marbre, au bas duquel est la demeure du dauphin, et qui conduit à la fois aux appartements de la dauphine[1], à ceux de Mme de Maintenon et à ceux de Louis XIV, est sans cesse encombré par ces hommes «qui sont maîtres de leurs gestes, de leurs yeux, de leur visage, qui dissimulent les mauvais offices, sourient à leurs ennemis, déguisent leurs passions[2]». C'est cet escalier qu'ils montent pour assister au lever et au coucher du roi. Ils passent dans la salle des gardes[3], puis dans l'antichambre du roi[4], puis dans la chambre des Bassans, où ils attendent le lever du monarque.
[Note 1: Depuis la mort de Marie-Thérèse, les appartements de la reine étaient occupés par la dauphine.]
[Note 2: La Bruyère, De la Cour.]
[Note 3: Salle N° 120 de la Notice du Musée.]
[Note 4: Salle N° 121, id.]
Avec vos brillantes hardes
Et votre ajustement,
Faites tout le trajet de la salle des gardes;
Et vous peignant galamment,
Portez de tous côtés vos regards brusquement;
Ne manquez pas, d'un haut ton,
De les saluer par leur nom,
De quelque rang qu'ils puissent être.
Cette familiarité
Donne à quiconque en use un air de qualité.
Grattez du peigne à la porte
De la Chambre du roi,
Ou si, comme je prévoi,
La presse s'y trouve trop forte,
Montrez de loin votre chapeau,
Ou montez sur quelque chose
Pour faire voir votre museau;
Et criez sans aucune pause,
D'un ton rien moins que naturel:
Monsieur l'huissier, pour le marquis un tel[1].
[Note 1: Molière, Remerciement au Roi.]
La chambre des Bassans[2], ainsi nommée parce qu'on y voit des tableaux de ce maître, est le salon d'attente qui précède la chambre à coucher de Louis XIV. Il y a plusieurs entrées différentes: l'entrée familière pour les princes, la grande entrée pour les grands officiers de la couronne; la première entrée pour ceux qui, par leur charge, ont un brevet d'entrée; l'entrée de la chambre pour les officiers de la chambre du roi. Le cérémonial est réglé de la manière la plus précise. Le garçon de la chambre ouvre les deux battants de la porte seulement pour le dauphin et les princes du sang. La porte s'ouvre pour chaque autre personne admise et se referme immédiatement.
[Note 2: État de France en 1694.]