«On doit gratter doucement aux portes de la chambre; de l'antichambre et des cabinets, et non pas heurter rudement. De plus, si l'on veut sortir les portes étant fermées, il n'est pas permis d'ouvrir soi-même la porte; mais on doit se la laisser ouvrir par l'huissier[1].»
[Note 1: Salle no 123 de la Notice du Musée. Sous Louis XIV, cette salle, qui forme actuellement le salon de l'Oeil-de-Boeuf, était divisée en deux pièces: la première était la chambre des Bassans; la seconde servit de chambre à coucher au roi jusqu'en 1691, année ou il s'installa dans la salle suivante (no 124), pour y demeurer jusqu'à sa mort.]
A 8 heures, Louis XIV se lève et fait sa prière. Puis il sort de la balustrade de son lit, et il dit: «Au conseil!» Jusqu'à midi et demi, il travaille avec ses ministres. Ensuite, escorté par les princes, les princesses, les officiers, les grands seigneurs, il se rend à la messe, traversant la galerie des Glaces, où tout individu peut le voir, lui présenter. un placet, et même lui parler. Il passe par les salons de la Guerre, d'Apollon, de Mercure, de Mars, de Diane, de Vénus et de l'Abondance[2], et arrive à la chapelle, qui s'élève dans toute la hauteur du rez-de-chaussée et du premier étage[3]. En bas se trouvent l'autel et la chaire, où prêchent tour à tour Bossuet, Bourdaloue et Massillon. Le haut est occupé par les tribunes.
[Note 2: Ces salons, qui forment ce qu'on appelait les grands appartements du roi, portent les nos 112, 111, 110, 109, 108, 107, 106, de la Notice du Musée.]
[Note 3: Il ne faut pas confondre cette chapelle avec la chapelle actuelle, qui ne fut inaugurée qu'en 1710. Le salon d'Hercule (no 106 de la Notice), qui sert aujourd'hui d'entrée aux grands.]
«Les grands forment un vaste cercle au pied de l'autel, et paraissent debout, le dos tourné directement au prêtre et aux saints mystères, et les faces élevées vers leur roi, que l'on voit à genoux sur une tribune, et à qui ils semblent avoir tout l'esprit et tout le coeur appliqués. On ne laisse point de voir dans cet usage une espèce de subordination, car ce peuple paraît adorer le prince, et le prince adorer Dieu[1].»
[Note 1: La Bruyère, De la Cour.]
Après la messe, le roi dîne, ordinairement en petit couvert, seul dans sa chambre. A 2 heures, il va tirer dans son parc, ou se promener dans ses jardins, ou courre le cerf, soit à cheval, soit en calèche. Vers 5 ou 6 heures du soir, il se rend, comme nous l'avons déjà dit, chez Mme de Maintenon; et là il travaille de nouveau, avec ses ministres, une grande partie de la soirée. Il la quitte vers 9 ou 10 heures, et, de chez elle, il va soit à la comédie, soit à l'appartement.
[Note: appartements, fut de 1682 à 1710 la chapelle du château. La partie du palais dans laquelle se trouvent le salon d'Hercule et le vestibule au-dessous relie l'aile du nord à la partie centrale. C'est sur cet emplacement que s'élevait, dans toute la hauteur du rez-de-chaussée et du premier étage, la chapelle, dont un tableau, représentant Dangeau reçu grand maître de l'ordre de Saint-Lazare, reproduit la disposition intérieure. Ce tableau est dans la salle no 9 de la Notice du Musée et porte le no 164.]
On désigne sous ce nom la réunion de toute la cour dans les grands appartements du roi. Le Mercure galant de 1682 donne une description curieuse de ces soirées, dont l'usage s'établit dès la première année de l'installation définitive de Louis XIV à Versailles. «Le roi, dit le Mercure, permet l'entrée de son grand appartement de Versailles le lundi, le mercredi et le jeudi de chaque semaine pour y jouer à toutes sortes de jeux depuis 6 heures du soir jusqu'à 10, et ces jours-là sont nommés jours d'appartement.»
On monte par le grand escalier du Roi ou des Ambassadeurs, ce magnifique escalier que décorent les sculptures de Coysevox, les peintures de Lebrun et de Van der Meulen[1]. On entre par le salon de l'Abondance[2], ainsi nommé parce que les bas-reliefs représentant l'Abondance sont au-dessus de la porte de marbre. C'est dans cette salle, ornée par des tableaux du Carrache, du Guide, de Paul Véronèse, que sont dressés les buffets pour les rafraîchissements. On trouve le salon de Vénus[3], rempli de meubles splendides; puis le salon de Diane[4], où est le billard et où des orangers s'épanouissent dans des caisses d'argent.