«Nos dames, disait-elle, sont des enfants qui, de longtemps, ne pourront gouverner. Je m'offre pour les servir; je n'aurai nulle peine à être leur intendante, leur femme d'affaires et, de tout mon coeur, leur servante, pourvu que mes soins les mettent en état de s'en passer.»

Mme de Maintenon à Saint-Cyr.

Les dames de Saint-Louis,--c'est ainsi qu'on appelait les religieuses de la maison de Saint-Cyr, avaient, dans le milieu de la journée, une heure de récréation qu'elles passaient ordinairement autour d'une grande table, à converser librement en travaillant à l'aiguille. Mme de Maintenon aimait à venir à ces récréations; elle y apportait son ouvrage et s'y livrait à des entretiens, à la fois spirituels et édifiants, dont la communauté appréciait le charme instructif.

Au mois de septembre 1686, le roi, relevant de maladie, vint visiter Saint-Cyr. Les demoiselles chantèrent le Te Deum, le Domine salvum fac regem, l'hymne de Lulli: Grand Dieu, sauvez le roi, Vengez le roi (dont les Anglais ont emprunté l'air à la France pour leur God save the king). Louis XIV sourit à ces frais visages, à ces coeurs pleins d'émotion et de reconnaissance. Quand il remonta en voiture, il dit avec attendrissement à Mme de Maintenon:

«Je vous remercie, madame, de tout le plaisir que vous m'avez donné.»

En 1689, il disait aux dames de Saint-Louis:

«Je ne suis pas assez éloquent pour vous bien exhorter; mais j'espère qu'à force de vous bien répéter les motifs de cette fondation, je vous persuaderai et vous engagerai à y être toujours fidèles. Je n'épargnerai ni mes visites ni mes paroles, pour peu que je les croie utiles à produire ce bel effet.»

Pour Louis XIV, Saint-Cyr était une consolation et une expiation, une oeuvre de religion et de patriotisme, un hommage à Dieu et à la France.

«Ce qui me plaît dans les dames de Saint-Cyr, disait-il, c'est qu'elles aiment l'État, quoiqu'elles haïssent le monde; elles sont bonnes religieuses et bonnes Françaises.»