RELATION
DU
GROENLAND.

A PARIS,
Chez Augustin Courbé, dans la
petite Salle du Palais, à la Palme.

M. DC. XLVII.

ADVERTISSEMENT
SUR LA CARTE
DU GROENLAND.

Je puis dire que Monsieur Chapelain est le veritable Autheur de cette Carte, en ce qu'il l'a jugée absolument necessaire, pour l'intelligence de ma Relation, & que je n'ay peu faillir en suivant le conseil d'une Personne qui est dans une si haute, & si universelle approbation.

J'ay dressé cette Carte sur quatre Elevations qui m'ont esté particulierement connuës; du cap Faruel, de l'Islande, du Spitsberg, & de cét endroit de la Mer Christiane, où les glaces arresterent le Capitaine Munck, qui est icy marqué, & nommé, Port d'hyver de Munck.

J'ay pris les longitudes de tous ces lieux, sur le Meridien de l'Isle de Fer des Canaries, par l'advis de Monsieur Roberval, Mathematicien de grand nom, & de Monsieur Sanson, excellent Geographe, que j'ay consultez pour la construction de cette Carte.

La longitude du port d'hyver de Munck, m'a esté plus precisément connuë que les autres, par une Ecclypse de Lune, qui est rapportée dans la Relation mesme de ce Capitaine, qui dit l'avoir veuë estant à ce port, sur les huit heures du soir, du vingtiéme Decembre, de l'année mil six cents dix-neuf. Elle dût paroistre à Paris, suivant les Tables des mouvemens celestes, sur les trois heures du matin, ou environ, du 21. du mesme mois. Mais parce que cette Ecclypse dura trois heures, & plus, & que le Capitaine Munck ne dit pas s'il la vid, ou à son commencement, ou à son milieu, ou à sa fin; Monsieur Gassendy, à qui j'ay eu recours touchant cette difficulté, & dont la suffisance est connuë de tous ceux qui font profession d'aymer les belles lettres, m'a conseillé, pour la vray-semblance de la conjecture, & pour ne pas tomber dans l'un, ou l'autre extreme, de poser que cette Ecclypse fut apperçeuë au port de Munck, entre son commencement, & sa fin; c'est à dire, vers le milieu du temps qu'elle dura, & à l'heure, ou environ, qu'elle dût paroistre à Paris. D'où il resulteroit que lors qu'il est trois heures du matin à Paris, il n'est que huit heures du soir, du jour precedent, au port de Munck; & qu'il y a sept heures de difference, d'un lieu à l'autre. Or, en prenant quinze degrez pour chaqu'heure, selon les regles de la science; il s'ensuivroit aussi que le Meridien du port de Munck, seroit esloigné du Meridien de Paris, de cent cinq degrez; & que mettant Paris au vingt-troisiéme degré, & ½ de longitude, le port de Munck devroit estre mis au deux cents septante-huitiéme degré, & ½; c'est à dire, 81. degré, & ½ au delà du Meridien des Canaries. Et il seroit evident par la mesme raison, qu'à compter douze lieuës communes de France, pour chaque degré de ce Parallele, dont les degrez sont, d'environ la moitié, plus petits que les degrez des grands Cercles; ce port seroit esloigné de Paris, d'environ 1260. lieuës.

J'ay divisé la partie Meridionale du Groenland, prise au cap Faruel, en deux Isles, de la façon qu'elles sont icy representées. Ce que j'ay fait, non pas sur les Relations Danoises, dont je me suis servy pour ma Relation, car elles n'en parlent point; mais sur une Carte de la Bibliotheque de MONSEIGNEUR LE CARDINAL MAZARIN, que Monsieur Naudé (l'Ame, de ce grand Corps d'excellens Livres, & de curieuses recherches, qui composent cette illustre Bibliotheque) m'a fait la grace de me communiquer. Ces mots sont escrits au pied de cette Carte: Hæc delineatio facta est per Martinum filium Arnoldi, natum in Hollandia, civitate dicta, den Briel, qui bis navigationem ad Insulam, dictam, Antiquam Groenlandiam, instituit; tanquam supremus gubernator, ano. 1624. & 1625.Ce Martin fils d'Arnould, appelle le Groenland, une Isle; quoy que l'on ne sçache pas encore, s'il est Isle, ou Continent, ou composé d'Isles. Il dit que c'est la Carte du Vieux Groenland. Il pouvoit dire, du vieux, & du nouveau; car on n'en connoit point d'autre. Et ce que nous en connoissons devroit plustost estre appellé, le nouveau, que le vieux; La raison est, qu'encore que le vieux Groenland ait esté certainement placé en quelque endroit de la Terre qui est icy descrite, & à l'Ouest de l'Islande; on ne sçauroit neantmoins determiner cét endroit, & qu'il n'est pas connu des Norvegues mesmes d'aujourd'huy, quoy que leurs peres l'ayent trouvé, & habité des siecles entiers; comme il sera plus particulierement deduit dans cette Relation.