Ce qui est icy representé de la liaison du cap Faruel, avec le destroit Christian, & la mer Christiane, & du port d'hyver de Munck; a esté tiré sur une Carte que le Capitaine Munck fit faire de son voyage, qui est imprimée avec sa Relation. Je l'ay suivie d'autant plus volontiers, qu'elle a du rapport avec la Carte mesme du Capitaine Hotzon, qui descouvrit le premier ce destroit, & cette mer; que Monsieur Chapelain, aussi courtois, que curieux, a tirée de son cabinet, pour me la mettre en main, & la conferer tout à loisir, avec celle que j'ay du Capitaine Munck.
Je n'ose pas asseurer que toute la coste de la mer Christiane, & du Couchant, qui est icy descrite, entre le golfe Davis, & le port d'hyver de Munck, soit du Groenland; parce qu'il se peut faire qu'il y ait quelque Riviere considerable, ou quelque Destroit, que je ne connois pas, qui coupe cette Terre, & separe le Groenland, de l'Amerique. Ce qui me rend plus irresolu sur ce point, est, que je n'ay pas ouy dire en Danemarc, que toute cette coste fust du Groenland, comme je l'ay ouy affirmer de toute la coste du Nordest, qui est entre le cap Faruel, & le Spitsberg. Je laisse la resolution de ce doute, à ceux qui en auront plus de connoissance, par les Relations Angloises, & Hollandoises; n'ayant fait dessein que d'escrire icy ce que j'ay appris de cette Terre, par les Livres Danois, & les conversations que j'ay euës en Danemarc.
Fautes survenuës à l'Impression.
Page 4. ligne 2. effacez, de. Page 7. ligne 2. golfe Davis, lisez cap Faruel. Page 8. ligne 14. vous remarquer, lisez vous faire remarquer. Page 11. ligne 15. Rovsseatv, lisez Rousseau.
Monsieur l'Ambassadeur, de qui il est souvent parlé dans cette Relation, est, MONSIEUR DE LA THUILLERIE, qui a fait la Paix celebre des deux Couronnes du Nord.
RELATION
DU
GROENLAND
A MONSIEUR DE
LA MOTHE LE VAYER.
MONSIEUR,
Je voy bien qu'il ne me suffit pas de vous avoir escrit une longue lettre de l'Islande; il est juste que je tienne ma promesse, & que je vous envoye une Relation du Groenland. Ne vous estonnez pas du temps que j'ay mis à passer de l'un à l'autre. Si vous considerez les difficultez, & les perils, qui se rencontrent dans cette Navigation; vous trouverez que j'ay eu raison de ne me pas haster, & de m'informer tout à loisir de la route que je devois prendre, pour trouver cette Terre Septentrionale, qui merite mieux le nom d'Inconnuë, que la Terre Australe. Ce n'est pas que les Norvegues ne l'ayent habitée, & que durant l'espace de cinq ou six cents ans, ils n'y ayent entretenu leurs commerces, & leurs colonies. Mais ne confondons point les choses, & ne mettons pas à la teste de ce Discours, ce qui en doit composer le corps. Je vous diray ce que j'ay appris de cette Terre, comme inaccessible, avec tout l'ordre que j'ay peu tirer de ce qui m'en a esté raconté, & que j'ay peu comprendre des escrits les plus confus, je ne dis pas que j'aye jamais leus, mais qui m'ayent esté expliquez, d'une langue que je n'entends pas; comme sont les livres Danois, que M. Rets Gentilhomme Danois, a eu la bonté de lire en ma presence, & de m'en donner en mesme temps l'explication. Vous le verrez bien-tost à Paris; car le Roy de Danemarc l'a nommé, à cause de son merite & de sa vertu, pour estre son Resident en France; & il vous certifiera ce que je vous vay escrire.
LE GROENLAND est cette Terre septentrionale qui serpente du Midy au Levant, declinant vers le Nord, depuis le cap Faruel de l'Ocean Deucaledonien; tout le long des costes de la mer Glaciale, qui tirent vers le Spitsberg, & la Nova Zembla. Quelques uns ont dit, qu'elle se va joindre avec les terres de la Tartarie; mais la chose est incertaine, comme vous entendrez cy-apres. Elle a donc à l'Orient, la mer Glaciale; au Midy, l'Ocean Deucaledonien; à l'Occident, le destroit Hotzon, ou Christian, & la mer Hotzonne, ou Christiane, qui la separent de l'Amerique; sa largeur est inconnuë du costé du Septentrion. La Chronique Danoise dit à ce propos, que c'est l'extremité du Monde vers le Nord, & qu'au delà il ne se trouve point de Terre plus septentrionale. Il y en a qui croyent que le Groenland est continent avec l'Amerique, depuis que les Anglois, qui ont voulu passer le destroit Davis, pour chercher par là une route dans le Levant, ont trouvé que ce que Davis avoit pris pour un destroit, estoit un golfe. Mais j'ay une Relation Danoise, d'un Capitaine Danois nommé Jean Munck, qui a tenté ce passage du Levant par le Nordouest du cap Faruel, & selon ce qu'il en a dit, l'apparence est grande que cette Terre est tout à fait separée de l'Amerique. Ce que je vous feray voir en son lieu, lors que je vous parleray de ce voyage. L'elevation du Groenland, prise au cap Faruel, qui est sa partie la plus meridionale, suivant la mesure qu'en a prise le Capitaine Munck, matelot fort entendu, est de soixante degrez trente minutes. Ses autres parties sont beaucoup plus eslevées, selon qu'elles s'approchent plus du Pole; & je n'en ay point de determinée que celle de Spitsberg, que les Danois content entre les Terres de Groenland, & disent estre de septante-huit degrez, ou environ. Je ne vous parle pas de la longitude de cette Terre, parce que mes Relations n'en parlent point, & que je n'en ay rien appris de plus particulier que ce que nos cartes en disent. Il me suffit de vous faire remarquer, que le cap Faruel est au delà des Canaries, & de nostre premier Meridien.