Le comte croyait connaître tous les airs qu'elle savait et qu'elle aimait; et celui-ci était nouveau pour lui. Il prête l'oreille, s'efforce d'entendre les paroles; elle chantait si bas, qu'il ne saisit d'abord que quelques mots. Celui de Caroline, qui finissait une ligne, le frappa. Il écoute avec plus d'attention encore; enfin il parvient à entendre ces quatre vers qui terminaient un couplet:

Mais puis-je me flatter encore?

Non, l'espoir s'éteint dans mon coeur.

Toi qui me fuis, toi que j'adore,

Où veux-tu chercher le bonheur?

L'expression et l'attendrissement marqués avec lequel elle chantait prouvaient assez qu'elle pensait à quelqu'un; mais était-ce à lui? était-ce à Lindorf? Le doute, la défiance, rentrent dans son coeur. Il écoute, il regarde, et bientôt il n'a plus même le triste bonheur de douter.

Caroline avait posé sa guitare sur ses genoux, et détachait de son cou une légère chaîne d'or qu'elle portait toujours, et que le comte avait prise jusqu'alors pour un simple ornement. Il voit avec surprise qu'il servait à suspendre un portrait caché dans son sein. Trop éloigné pour en distinguer les traits, il put voir cependant, quand elle l'approcha de la lumière, que c'était celui d'un homme avec l'uniforme des gardes: c'est donc celui de Lindorf.

D'abord Caroline le regarde avec attention; puis elle le presse contre son coeur, contre ses lèvres, avec un mouvement passionné; des larmes coulent sur ses joues: il en tombe une sur le portrait; elle l'essuie avec précaution, le regarde encore en soupirant, le pose sur la table à côté d'elle, reprend sa guitare, et chante sur le même air ce couplet, que le comte entendit distinctement:

Tu deviendras mon bien suprême,

O le plus chéri des portraits!