Sur le fond rouge du sol, les teintes neutres dominent, ocres des vêtements, roux et beiges ternes des chameaux, noir luisant des bœufs et des chèvres, grisailles rosées des moutons aux toisons entassées.
Apre tableau, violent, plein de vie, de cette vie nomade restée telle encore qu’elle devait être jadis dans le grand lointain des siècles.
JOIES NOIRES
Parfois des cris fusent des cantines du village : disputes ou chants de légionnaires en bordée.
… Ici, au « Village Nègre », les derniers bruits s’éteignent.
La pleine lune verse des flots de lumière bleue sur les maisons en toub grises, sur les rues vides et, tout près, sur la dune qui semble diaphane.
Par la porte d’un petit café maure encore entr’ouverte, une raie de lumière rouge glisse sur le sable, jusqu’au mur d’en face.
Des sons tumultueux — des sons de tam-tam et de chants — s’échappent de ce taudis blanchi à la chaux.
Nous entrons, le nègre Saadoun et moi.