Quand ils furent unis devant l’assemblée de la tribu, Hama Srir dit à Saâdia :

— Pour que Dieu bénisse notre mariage, il faut que ton père nous pardonne. Sans cela, lui, ta mère et ton aïeule qui m’a été secourable, pourraient mourir avec le cœur fermé sur nous. Je te mènerai dans ton pays, chez ta tante Oum-el-Aâz. Quant à moi, je sais ce que j’ai à faire.

Le lendemain, dès l’aube, il fit monter Saâdia, strictement voilée, sur la mule de la maison, et ils descendirent vers l’Oued Rir’.

Ils passèrent par Mezgarine-Kedina, pour éviter Touggourt, et furent bientôt rendus dans les jardins humides de Remirma.

Oum-el-Aâz était vieille. Elle exerçait la profession de sage-femme et de guérisseuse. On la vénérait et même certains hommes parmi les Rouara superstitieux la craignaient.

C’était une Riria bronzée avec un visage de momie dans le scintillement de ses bijoux d’or, maigre et de haute taille, sous ses longs voiles d’un rouge sombre. Ses yeux noirs, où le khôl jetait une ombre inquiétante, avaient conservé leur regard. Sévère et silencieuse, elle écouta Hama Srir et lui ordonna d’écrire en son nom une lettre au père de Saâdia.

— Si Abdallah pardonnera, dit-elle avec une assurance étrange. D’ailleurs, il ne durera plus longtemps.

Hama Srir entra dans l’oasis et découvrit un taleb qui, pour quelques sous, écrivit la lettre.

— « Louange à Dieu seul ! — Le salut et la paix soient sur l’Élu de Dieu !

« Au vénérable, à celui qui suit le sentier droit et fait le bien dans la voie de Dieu, le très pieux, le très sûr, le père et l’ami, Si Abdallah bel Hadj Sâad, au bordj de Stah-el-Hamraïa, dans le Souf, le salut soit sur toi, et la miséricorde de Dieu, et sa bénédiction pour toujours ! Ensuite, sache que ta fille Saâdia est vivante, et en bonne santé, Dieu soit loué ! — et qu’elle n’a d’autre désir que celui de se trouver avec toi et sa mère et son aïeule et sa sœur et son frère Si Mohammed en une heure proche et bénie. Sache encore que je t’écris ces lignes sur l’ordre de ta belle-sœur, lella Oum-el-Aâz bent Makoub Rir’i, et que c’est dans la maison de celle-ci qu’habite ta fille. Apprends que j’ai épousé, selon la loi de Dieu, ta fille Saâdia et que je viens te demander ta bénédiction, car tout ce qui arrive, arrive par la volonté de Dieu. Après cela, il n’y a que la réponse prompte et propice et le souhait de tout le bien. Et le salut soit sur toi et ta famille de la part de celui qui a écrit cette lettre, ton fils et le pauvre serviteur de Dieu :