— L’épouvantable nouvelle nous parvint en Kroumirie. En même temps, nous apprenions par le même journal que les restes de ce que fut cette âme adorable allaient être transportés à Bône, pour y être inhumés dans le cimetière musulman. Notre résolution fut aussitôt prise. Malgré tous les obstacles et en dépit de nos projets et de nos travaux, nous traversâmes la Kroumirie et prîmes le train pour Bône.
Nous n’avions pu hélas ! malgré tout le désir, connaître de son vivant cet être choisi. Nous tenions du moins à toucher son tombeau.
A Bône, on nous expliqua que, seule, la mère était là, dans le sol musulman. Et on ne put nous confirmer la nouvelle qui nous avait fait venir jusque-là. Nous allâmes tout de même au cimetière, et, dès l’entrée, cette tombe nous arrêta. Nous demeurâmes là longtemps.
La mère d’Isabelle Eberhardt s’appelait donc :
FATHIMA MANOUBIA
Elle était, de son vrai nom, Natalie-Dorothée-Charlotte d’Eberhardt.
Nous supposâmes qu’Isabelle viendrait là peut-être, et nous regardâmes la place réservée à côté de sa mère, quelques pouces de terrain en large et en long…
Vous souvenez-vous, mon cher ami, du cri d’admiration que nous poussâmes un jour vers vous, à son sujet ? Et lui en avez-vous transmis l’accent ? Oui, n’est-ce pas ? Comme nous l’aimions ! Comme nous souhaitions la connaître, partir avec elle pour le loin ! Quelle révolte fut la nôtre, est plus que jamais la nôtre, de renoncer à cet espoir charmant !
Comme dernier témoignage de notre admiration, de notre douleur, de notre deuil profond, comme unique fleur pour son tombeau, ma femme donnera son témoignage fraternel au Gil Blas, prochainement.
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