Et, avec cela, la joie intime de penser que je vais partir demain, dès l’aube, et quitter toutes ces choses, qui pourtant me plaisent ce soir et me sont douces.
Mais qui donc, sauf un nomade, un vagabond, pourrait comprendre cette double jouissance ?
Le cœur encore ému de tout ce qui m’avait prise et que j’ai laissé, je me dis que l’amour est une inquiétude et qu’il faut aimer à quitter, puisque les êtres et les choses n’ont de beauté que passagère.
Contre les barreaux en fer de la fenêtre d’un café maure, devant les pots de basilic, un rassemblement se forme peu à peu.
On y joue du chalumeau et j’entre : cette musique monotone et triste bercera ma rêverie et surtout me dispensera de parler…
MUSICIENS DE L’OUEST
Une salle carrée, peinte en bleu pâle, avec des panneaux roses. A droite, au fond, « l’oudjak »[1] en plâtre enfumé et, sur des rayons de bois, les tasses, les verres et les plateaux. Des bancs en bois et de banales tables en fer rouillé encombrent le café. Dans une cage un oiseau captif sommeille.
[1] Oudjak, fourneau des cafetiers maures, en forme de petit portail voûté.
Étrange petit café saharien, que fréquentent les Marocains et les nomades ! L’assistance y est compacte. Parmi les Arabes, en burnous et haïks terreux, quelques spahis et des « mokhazni », cavaliers indigènes.