Voici quelques réflexions de solitude, un jour que je cherchais à y voir clair dans mon cœur, à travers bien des souvenirs :
— Tout amour d’un seul, charnel ou fraternel, est un esclavage, un effacement plus ou moins profond de la personnalité. On renonce à soi-même pour devenir un couple.
Cette grande jouissance de posséder est aussi un grand sacrifice.
On distinguera pourtant entre l’amour et la passion. Tout n’est pas grossièreté dans l’exaltation des sens. J’accepterais bien de voir autre chose que de la débauche dans ces paroles que psalmodiait un taleb marocain pâle de kif : « Je me suis cherché et j’ai fatigué mon corps pour que mon âme fût plus légère ! »
L’amour le plus décevant et le plus pernicieux me semble être surtout la tendance occidentale vers l’âme-sœur.
La belle flamme d’Orient dévorante n’a rien de commun avec l’égalité et la fraternité des sexes.
Le musulman peut aimer une esclave et l’esclave peut aimer son maître. Cette constatation d’ordre naturel renverse bien des systèmes.
Qu’à un détour de notre route l’être semblable se soit dressé devant nous, que nous l’ayons rencontré et reconnu, ce qui est rare, une exaltation subite s’emparera de tout notre pauvre moi. Nous croirons à la possibilité de nous compléter et de nous doubler, nous tendrons les bras vers notre image… et ce sera le grand amour… la grande faiblesse !
Aimons au-dessus de nous, aimons encore davantage ce qui nous est inférieur. Élevons à nous celui qui saura nous adorer, ou sachons désirer notre élévation.
Quand j’ai senti mon cœur vivre en dehors de moi, c’était dans la nature ou dans l’humanité, jamais dans l’exaltation charnelle.