CHAPITRE IX
Orschanow était assis, avec Perrin, à une table, dans le coin le plus obscur d’un bar de Rive-Neuve, en contrefaçon de grotte marine, avec des rocailles en ciment, des coquillages incrustés et un faux éclairage rouge.
Il songeait à ce qu’il devait faire. Les journaux du matin, relatant la bagarre des quais, disaient simplement qu’un inspecteur de police avait été tué par un débardeur connu sous le sobriquet du « Russe ». Mais cela suffisait pour permettre de le retrouver.
Orschanow avait lu et relu la ligne d’un air calme, puis il releva la tête : un homme entrait.
Il s’approcha d’Orschanow. C’était Lombard, un de sa bande.
— Ben, mon vieux, nous sommes frais. Y a pas à dire, on a fait de la sale ouvrage, hier soir ! Seulement, moi, je m’en fous, j’ai mon idée. Je suis entré pour prendre un verre, puis, après, je vas aller me débrouiller.
— Que vas-tu faire ?
— Moi ? Mais c’est pas malin : je vas m’engager à la Légion Étrangère, pas plus. En Afrique, on rigolera bien quand même ! Y a du pain partout.
— Ça, c’est une idée, dit Perrin !
Il y eut un silence entre eux. Sur le trottoir, devant une corbeille de « fruits de mer », au ras du ruisseau, une jeune poissarde s’égosillait à crier, provocante et canaille : avec un accent terrible :