Orschanow, aveuglé, ballotté dans le remous formidable des corps qui s’écrasaient, frappait au hasard.

Une épée d’inspecteur l’effleura… sans penser, il étendit la main, tordit un poignet, ramassa l’arme.

Alors, un homme râla, tomba de suite sous le piétinement immense de la foule.

Orschanow s’éveilla de son rêve. Il avait tué un homme, peut-être l’inspecteur de police. Il fallait se sauver.

Les ouvriers commençaient à céder sous la poussée des agents et des soldats. On allait les cerner, les arrêter.

Orschanow trouva cette scène bête et sinistre. Souple et fort, il recula, se dégageant lentement. Enfin, il se retrouva seul, sur le quai du port.

La mêlée finissait dans les ruelles obscures et près de l’église des Augustins.

Orschanow marcha le long du quai de la Fraternité, lentement, à travers la foule des curieux. A Rive-Neuve, tout était désert et tranquille. Alors, hâtant le pas, il courut presque, contournant la colline.

C’était fini, pour ce soir. On ne le retrouverait pas avant le jour. Le lendemain, il verrait, il quitterait Marseille, il reprendrait la route.

Il songea à Perrin, et son cœur se serra. Le pauvre camarade avait dû être arrêté, lui, car certainement, il ne s’était pas enfui. Que deviendrait-il ? Puis, dans un terrain vague, derrière le Roucas Blanc, Orschanow se coucha, apaisé. Personne n’y pouvait rien, à tout cela, et chacun allait vers l’accomplissement de sa destinée. Lui, irait seul, comme il l’avait voulu, depuis toujours.