— Ils vont nous faire étriper, ces bougres d’enragés ! bougonna Perrin.
Mais Orschanow n’écoutait plus. Une griserie lui était venue, à la longue, et il se poussait en avant, sans savoir.
On allait sûrement se battre, à présent… Et, au lieu de regretter comme quelques jours auparavant toutes ces éventualités sombres de la grève, il acceptait maintenant les rixes et la mêlée qui allaient éclater.
On n’avait pas d’armes on se battrait à coups de poings, à coups de pieds.
Et Orschanow avançait toujours, traversant péniblement les groupes entassés.
Il fut au premier rang. Là, on se contentait encore d’invectiver les agents et de les repousser vers les soldats qui attendaient, à quelques pas, l’arme au pied, immobiles.
— Tas de cochons, cria un ouvrier, vous, des enfants du peuple, des Marseillais peut-être, vous n’avez pas honte de venir crever la peau à des frères !
Les soldats ne bronchèrent pas.
Comme les ouvriers continuaient à les refouler, sur un ordre bref d’un commissaire, les agents chargèrent.
Cela dura très peu, quelques minutes.