Au delà des mâtures, c’était le grand quai de la Fraternité et la coulée de vie tumultueuse de la Cannebière descendant du torrent vert des allées de Meilhan.
Tout en haut, vers la plaine Saint-Michel, les deux flèches jumelles de l’église des Réformés montaient, grises dans le ciel rouge.
Une brume rose voilait Marseille.
Orschanow se retourna vers le quai de la Joliette où les vapeurs en panne dormaient comme échoués.
Des soldats veillaient aux embarcadères, jetant la tache sombre de leurs uniformes sur le vide des dalles pâles.
Parfois, dans le murmure immense de la cité, une brise passait, qui apportait jusqu’au silence du fort des échos de chants révolutionnaires et de cris.
Tous ces bruits venaient mourir au pied de la citadelle morose et ceux qui s’y trouvaient étaient retranchés de toute l’agitation et de toutes les colères de la ville…
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Orschanow et Perrin avaient suivi Lombard au bureau de recrutement.
Là, presque machinalement et parce que cela leur semblait indispensable, ils avaient rempli les formalités nécessaires, bien simples et bien rapides.