Orschanow s’appelait Kasimirsky, il était Polonais et revenait du Brésil où il avait essayé de coloniser. Perrin était Suisse bien qu’il en eût, et Lombard volontairement Belge.

Quand on leur avait demandé auquel des deux régiments étrangers ils voulaient être envoyés, un inconnu qui devait savoir de quoi il retournait avait poussé le coude du Polonais :

— Dis que tu veux aller au 2ème. On y est mieux.

Et Orschanow, Lombard et Perrin avaient opté avec ensemble, pour le 2ème Étranger.

Maintenant, ils étaient au fort Saint-Jean, cette vieille hôtellerie de l’armée d’Afrique et, avec une dizaine d’autres, ils attendaient le départ d’un bateau pour Oran.

Orschanow se rendait bien compte de ce qu’il avait fait à cette heure. Il s’était engagé pour cinq années, il avait aliéné sa liberté, il n’était plus qu’une chose sans volonté.

Et pourtant, aucune désespérance n’était descendue dans son cerveau.

Un calme infini, une mélancolie d’abîme, la sensation de la fin de tout en lui et autour de lui.

Il éprouvait presque la même joie triste qu’il avait déjà ressentie le jour où il avait quitté Genève.

Et il comprenait aussi qu’il serait malgré tout plus libre sous la capote du légionnaire qu’il ne l’avait été sous la tunique de l’étudiant.