Parmi les évadés de la vie qui allaient être ses camarades, il saurait demeurer seul et inconnu, donc libre.

Ce fut avec une mélancolie sans amertume qu’il regarda jusqu’à la sonnerie hâtive de l’appel ce décor de Marseille qui lui était devenu familier et qu’il avait fini par aimer.

Encore une fois, une seule, il longerait ce quai de la Joliette où pour la première fois de sa vie, il s’était grisé de soleil et d’air tiède, où il avait reçu la révélation inoubliable de la vie méditerranéenne : et ce serait pour s’embarquer pour cette Afrique inconnue et attirante dont la hantise l’avait pris un jour pour ne plus le quitter.

CHAPITRE XI

Les engagés aux vêtements disparates, aux épaules roulantes sortirent de la cour du fort, avec un sergent et des caporaux en tenue de service.

Il y avait avec eux deux gamins hâves et apeurés marqués pour les bataillons d’Afrique et des soldats en tenues poussiéreuses qui allaient à la Discipline.

Orschanow suivit le détachement, alerte, heureux de sortir enfin du sombre fort qui lui semblait une prison.

Le Berry, un vaillant navire des Transports Maritimes, allait partir presque sur lest, avec un quart de chargement.

Comme le quai avait changé ! Un lourd silence y régnait et des soldats s’y promenaient de long en large, parmi les dernières marchandises abandonnées au soleil.

On rangea les soldats d’Afrique et les engagés sur l’avant du Berry et le sergent fit l’appel. Puis, on les laissa causer, chanter et fumer. Ils étaient embarqués, parqués, numérotés. C’était de la marchandise livrable à Oran et dont le capitaine était responsable.