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Combien de fois Orschanow n’avait-il pas assisté à ces départs des courriers d’Afrique et avec quelle envie de suivre il les regardait déraper lentement et s’éloigner !
Son vœu était exaucé, une joie lui en vint. Pourtant il n’était plus le trimardeur libre, l’errant maître de son sort. Il n’était plus qu’un soldat et son cœur se serra encore une fois à cette pensée.
A côté de lui, deux engagés volontaires parlaient.
L’un deux, un tout jeune, imberbe et pâlot, semblait regretter amèrement ce qu’il avait fait. L’autre, un grand blond, bien mis et d’allures distinguées, avec un fin profil septentrional, haussa les épaules.
— Ne te fais pas de mauvais sang, Bernaërt, le soleil n’oubliera pas de se lever demain matin va !…
L’inconnu avait raison. Le soleil se lèverait bien le lendemain, un soleil plus chaud et plus ardent dans un ciel plus profond.
La Méditerranée roulerait des flots plus bleus et plus doux et de nouveaux horizons s’ouvriraient aux regards avides du sans-patrie.
Orschanow se secoua, comme après un mauvais rêve. Il s’accouda au bastingage et regarda Marseille avec des yeux apaisés.
Doucement, le Berry dérapait filant sur ses amarres.