Orschanow sourit. Il connaissait Perrin, qui commençait toujours par jurer contre tous les endroits qu’il ne connaissait pas, par les débiner, puis qui se faisait à tout, et si facilement…


Un garçon maigre, scrofuleux, au visage glabre, la visière de son képi toute droite vers le ciel, s’approcha les mains aux poches.

— Alors, y avait plus de bricheton, par chez vous, que vous êtes venus par ici ? Ah, ce que vous allez vous en coller dans le fusil du singe pourri, des ténias et de la barbaque dure comme les côtes à ma grand’mère !

Avec son accent de voyou parisien, il voulait visiblement épater les « bleus », jouir de leur ignorance de l’argot de l’armée d’Afrique.

Perrin haussa les épaules. Brusquement, Orschanow, regardant bien en face l’intrus, répondit :

— C’est chez toi, qu’il doit pas y avoir eu tous les jours de la viande, pour que tu sois si mal fichu ! Quant à nous autres, si tu veux voir avec quoi on a été nourri, t’as qu’à t’approcher. Si c’est pour faire de l’esbroufe que tu es venu, t’as tort. T’es un bleu, comme les autres.

— Moi, un bleu ?

Un traînard, qui s’était rapproché de la dispute, approuva :

— Oui, le grand, là, il a raison. Si t’es pas un bleu, pourquoi que t’es au Dépotoir, alors ?