Le malin s’en alla, devant cette raison péremptoire, après avoir toisé les épaules larges d’Orschanow.

Dmitri sourit. Cela datait de ses vagabondages d’enfant parmi les bourlaki, cette faculté d’être peuple avec le peuple.

— Ben, si ça commence par des disputes, ça va être du propre, dit Perrin qui détestait les querelles et les rixes inutiles, quoique très fort et très brave. D’ailleurs m’est avis qu’il y a par ici un rude ramassis de mauvais gueux. Faudra se veiller ! Tu sais, au service, on est responsable pour ses effets… C’est le Conseil, souvent, si quelque chose manque. Alors, faut se veiller qu’on nous chipe rien, par là. C’est pas de reproche, mais on a fait une rude couillonnade en s’engageant.

— Le vin est tiré, il faut le boire.

— Ah, pour ça, bien sûr. Dame ! ici, c’est pas le Mont-de-Piété : il y a bien le bureau d’engagement, mais y en a point de dégagement…

Cela les fit rire.

Orschanow savait que Perrin ne se désespérait jamais, ne récriminait pas, qu’il réduisait toutes les choses à leur plus simple expression. Mais cette sagesse-là n’est pas facile aux intellectuels, aux imaginatifs, à ceux qui veulent toujours corriger la balance.

… Certes la responsabilité de leur fugue venait de lui, Dmitri, qui avait pris peur. Il y avait de la lâcheté dans leur cas, dans son cas. Il n’aurait pas dû entraîner Perrin.

Ils se couchèrent sous la tente froide que le vent secouait brutalement. Orschanow ne dormait pas.

Il pensait encore, que tout était arrivé par sa faute parce qu’il avait manqué de volonté au début de la grève, parce qu’il n’avait pas su s’affranchir par la fuite et l’abstention, parce qu’il avait voulu faire le brave, et pas jusqu’au bout.