Lui, trouvait qu’il fallait tâcher de bien vivre partout où on était et qu’il était trop bête de vouloir se casser le cou quand on pouvait décemment plier.

— Ah ! je dis pas, si on voulait nous obliger à faire du mal, de sales coups, oui, alors on aurait le droit de rouspéter. Mais qu’est-ce qu’ils nous demandent par là ? D’obéir et de faire le travail pour lequel on s’est engagé. C’est que juste. Si je m’engage pour les foins, faut que je fasse les foins jusqu’au bout. — C’est la même chose.

CHAPITRE VI

Tous les soirs Orschanow retrouvait, dans les cafés maures, chez Zohra ou dans les autres maisons blanches du village nègre, la griserie d’un Orient révélé.

Après quatre mois, il commençait à s’exprimer assez librement en arabe, à s’intéresser à des discours lents devant les cafés maures et les interminables complaintes avaient pour lui des mots profonds comme leur musique.

Le monde arabe, si fermé pour lui les premiers temps, s’ouvrait peu à peu. Orschanow, l’occidental en fuite, entrait dans le décor des couleurs et des parfums.

Dans les milieux indigènes où il se plaisait exclusivement, on s’habituait à lui.

— C’est dommage que tu sois un roumi ! disait souvent Mohammed, qui l’aimait maintenant en frère.

— Mais je ne suis pas un roumi, objectait Orschanow en souriant. Je ne suis d’aucune religion, et si je devais en prendre une ce serait l’Islam.

En effet, l’Islam l’avait enveloppé d’un charme mélancolique. C’était l’apaisement et la sérénité.