Derrière un café maure, dans une petite cour passée à la chaux bleuâtre, un pied de vigne séculaire se tordait, s’appuyant sur un figuier noueux, en une fraternité de vieux arbres reclus.
Des pierres sèches, équarries et alignées, formaient une sorte de large banquette ronde autour du puits étroit. Dans les niches irrégulières des murs, des pots de basilics et des gargoulettes bouchées d’un bouquet de brins de lentisque. Dans une vieille caisse, un jasmin dont les fleurs blanches, striées de rose pâle s’effeuillait sur des nattes.
Un faucon, attaché par la patte, rêvait sur son perchoir et des rossignols se pâmaient dans de petites cages en piquants de porc-épics.
C’était la fumerie de kif clandestine de la Djenina tenue par Hadj Adda, nègre marocain, lettré, grave et poli. Son visage régulier, d’un noir d’ébène, encadré d’une barbe blanche, souriait à l’habitué, quand il voulait bien accepter une petite pipe.
Dès cinq heures, le jardinet silencieux s’animait. Ils étaient une vingtaine qui venaient là, des portefaix, des bédouins de passage, des Maures.
Il n’y avait rien d’orgiaque dans ces réunions. On fumait le kif en échangeant de rares paroles. Puis on faisait de la musique arabe et on chantait.
Jamais une femme, jamais une plaisanterie grossière. Cette volupté se suffisait à elle-même.
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Mohamed avait introduit Orschanow à la Djenina, répondant de ce légionnaire qu’on avait bien un peu regardé de travers, le premier jour. Puis, on s’était habitué à lui, le traitant en frère, lui souriant quand il arrivait.
Il s’étendait près de l’ancien spahi, et, sa petite pipe à la main, il écoutait, les yeux mi-clos, le murmure doux des rossignols captifs, et la musique de rêve des « hacheïchia », les fumeurs de kif.