On grimpait les pentes raides caillouteuses, au pas gymnastique, péniblement.

— On va à Aïn-El-Hadjar ! murmura un légionnaire.

Ils filaient, poussés par les gradés, avec, au cœur, la rancune de leur servitude, l’ennui de toute cette peine prise inutilement.

Seul Orschanow ne s’ennuyait pas. Pour la première fois, la campagne bédouine lui apparaissait ainsi dans la clarté vague de la nuit de printemps.

La brousse prenait des aspects fantastiques, semblait se mouvoir, noire, confuse.

Les oueds s’ouvraient, semblaient sans fond, et le sommet des montagnes se détachait en silhouette exacte sur la pâleur sombre de l’horizon.

Parfois dans le scintillement innombrable du ciel, une étoile se détachait comme un fruit mûr, et tombait à l’infini.

Dans le silence de la montagne on entendait sourdre une vie puissante, l’enfantement prodigieux du printemps africain.

Des chacals glapissaient courant par bandes sur les collines.

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