Isabelle Eberhardt (1904).

PRÉFACE

Hantée par le sentiment d’une fin tragique qu’elle tenait de son sang russe, de sa famille et de son fatalisme, Isabelle Eberhardt nous avait laissé ses papiers, sa correspondance, ses ébauches et ses notes, quand elle nous quitta pour la dernière fois.

Nous devions « en cas d’accident » la défendre après sa mort, comme nous l’avions fait de son vivant, et continuer notre œuvre commune, car l’Akhbar était sa maison morale, notre tribune et notre voix.

Pour la placer au-dessus des attaques qui auraient pu déshonorer une certaine presse algéroise, nous avons sauvé des eaux et de l’oubli les vestiges de son labeur et de sa fraîche imagination, nous les avons restaurés, nous y avons mêlé fraternellement son âme majeure. Par ainsi nous avons établi hautement son nom. Sa réputation méritée devait bientôt dépasser le clan de ses détracteurs. Alors nous avons pu sourire des critiques irréfléchies qui ne pouvaient plus rien détruire, puisque nous avions réussi dans l’entreprise la plus difficile : celle de prolonger la vie et d’assurer la mémoire d’un être cher.


Ce que fut son départ d’Alger, on le tient d’Isabelle Eberhardt elle-même, avec une légère transposition dans la nouvelle « La Rivale » qu’elle nous adressa à sa première étape[1].

[1] Pages d’Islam, 295.

La philosophie évasive de Trimardeur, s’y affirme déjà dans le renoncement au bonheur sédentaire et dans l’instinct de nomadisme qui porta le vieux Tolstoï à abandonner son foyer pour prendre la route quand il sentit venir la mort.