« A dix heures, chez moi, urgent ».

Un signe conventionnel, au coin du billet, signifiait Makarow.

Dmitri eut un sursaut, puis, un mouvement de colère. C’était l’interrogatoire, la torture qu’il prévoyait depuis longtemps.

Une trahison entraînait des malheurs irréparables. C’était une question de vie ou de mort.

Orschanow se jeta tout habillé sur son lit. Il songea aux membres du Comité… Dawidow, Garnicha, Hospodian, ceux-là l’accuseraient, par tempérament. Les autres…

Mais comment savoir ? N’étaient-ce pas des convaincus, presque des fanatiques, et le danger qu’on leur ferait entrevoir était si terrible, leur responsabilité si lourde ! Si on croyait acquérir la conviction de sa faute, on le détruirait.

Et Orschanow sentit qu’il n’aurait rien à leur dire, rien, ni pour expliquer sa conduite, ni pour se défendre. Il sentit qu’il serait agressif et violent, qu’il se les aliénerait.

Sans avoir le courage d’aller chez Véra, il était retombé à sa lutte torturante et vaine…

Depuis quelque temps il souffrait d’ailleurs de privations et s’anémiait. Il était resté presque sans ressources, son père, complètement ruiné, ne pouvant plus rien lui envoyer… Et Dmitri ne tentait même pas de gagner quelque argent, comme les autres, par des leçons ou des traductions.

Il se coucha sans manger, dans l’obscurité, pour attendre l’heure.