Makarow était au comble de l’agitation. Il n’était pas l’ami d’Orschanow, n’ayant avec lui aucunes relations en dehors du comité. Mais il s’emballait ainsi pour toutes les causes qui lui semblaient justes.

Il cria, s’adressant à ceux qui semblaient suspecter Dmitri : — Alors, selon vous, que faut-il faire ? Faut-il, comme dans les romans nihilistes, supprimer Orschanow ?

Dawidow blêmit.

— Oh, Makarow, comme vous êtes injuste ! Qui a dit cela ? Il faut tirer cette affaire au clair, voilà tout !

— Si l’un de nous était convaincu de trahison, oui, il faudrait le supprimer, puisqu’il n’y aurait pas d’autre moyen de l’empêcher de nous perdre tous, nous, notre œuvre et les malheureux qui espèrent en nous, là-bas, et dont les vies sont entre nos mains. Mais quelle certitude absolue il faut pour oser prononcer un arrêt semblable ! Dans le cas présent, il n’y a pas même, pour le moment, de présomption sérieuse. Il faut enquêter, et décider après.

Rioumine avait parlé sans passion, sèchement, avec son souci de la stricte justice.

— Il faudra l’obliger à s’expliquer clairement. Je m’en charge !

Dawidow, involontairement, gardait un ton si agressif, que Véra sourit de nouveau.

— Si vous voulez suivre mon conseil, Dawidow, laissez-moi lui parler. Dans l’état d’esprit où il est, vous n’obtiendrez rien de lui… Il ne faut pas s’échauffer.

En rentrant d’une course sans but, morne, à travers les rues, Orschanow trouva, glissé sous sa porte, un bout de papier, sans signature :