— Je ne connais Orschanow que pour l’avoir vu deux ou trois fois. Encore n’a-t-il pas desserré les dents. Tout ce que je puis dire, c’est qu’il n’y a rien, ni dans sa physionomie, ni dans ses manières, de suspect…

— Ni dans ses actes non plus, trancha Émilie Himmelschein qui semblait très émue.

Dawidow, le promoteur de cette réunion protesta.

— Mais je n’ai jamais dit qu’Orschanow était un traître ! Dieu m’en préserve. Seulement j’ai dit et je répète qu’il se détache complètement de nous.

Garnicha intervint, de sa voix grêle d’infirme.

— Oui, c’est vrai, et il connaît tous les secrets du Comité, et bien d’autres ! Dawidow a raison, cela devient dangereux.

Hospodian se cala sur sa chaise et déclara sentencieusement : « Ou avec nous, ou contre nous ».

Émilie Himmelschein jeta sa cigarette avec colère.

— Dieu sait ce que vous dites ! Ne voyez-vous pas qu’Orschanow souffre, qu’il est miné par un chagrin que nous ignorons tous ? Vous avez donc emprunté aux terroristes de la génération précédente la manie des machinations romantiques, que vous soupçonnez ainsi un camarade, pour un simple changement de caractère ?

— Mais ne comprenez-vous pas qu’au contraire, s’il voulait nous trahir, il ne manifesterait pas un éloignement intempestif !