Il y eut un silence.
— Vous voyez bien que personne ne parle. Je vais leur expliquer, moi, votre attitude. Votre âme est ailleurs, vous avez un chagrin, une préoccupation personnelle qui vous éloigne de nos affaires. Voilà tout. Vous avez besoin de repos… Nous n’allons donc pas vous tourmenter davantage. Pour finir cette pénible scène, nous nous portons garants pour vous, Himmelschein, Makarow et moi. Si vous voulez vous éloigner du Comité pendant quelques temps, faites-le. Vous avez raison de revendiquer votre liberté.
Orschanow se leva :
— Merci à vous qui avez eu le courage d’agir comme des hommes libres… A présent, laissez-moi m’en aller. Si jamais je puis revenir, je reviendrai. Sinon, adieu !
Gauchement, sans serrer la main à personne, Orschanow sortit.
Devant la calme assurance de Véra, les autres membres du Comité s’inclinaient, par respect pour son caractère et sa droiture connus et appréciés de tous.
Un silence régna, après lequel Makarow pensa tout haut :
— Il a raison, il faut agir en hommes libres. A quoi bon tous ces décors à la Dumas père, tous ces comités avec président, vice-président, etc., etc., toute cette puérile et illogique imitation des formes gouvernementales que nous combattons ?
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* *
Orschanow était rentré chez lui, brûlé par une fièvre intense, en proie à une sorte d’irritation amère, à une révolte profonde de tout son être, pourquoi avait-on essayé de régler sa vie privée, de pénétrer les douloureux secrets de son cœur ? Cela l’exaspérait. Les figures soupçonneuses et pédantes de Dawidow, de Garnicha et de l’Arménien grimaçaient dans son délire lucide.